Du 7 juillet au 29 novembre 2009, la Fondation Cartier
pour l’art contemporain présente Né dans la rue – Graffiti, une exposition consacrée au graffiti et au street art.Se déployant dans les espaces d’exposition, sur la façade et
dans le jardin de la Fondation Cartier, l’exposition met en lumière l’extraordinaire vitalité d’un mouvement artistique qui a pris son essor dans les rues de New York au début des années 1970 et
qui est rapidement devenu un phénomène mondial.
Solidement ancré dans le paysage culturel, le graffiti traverse aujourd’hui les domaines des arts plastiques, du design
et de la publicité. Pourtant, en dépit de son omniprésence, cette forme d’expression essentiellement illégale dont les origines et l’histoire demeurent encore peu connues du grand public,
continue d’évoluer en périphérie du monde artistique contemporain. Cette exposition s’efforce de tracer les contours d’un territoire vaste et complexe, qui englobe aujourd’hui quantité de
techniques, d’idées et de courants différents.
Né dans la rue – Graffiti rend hommage aux pionniers new-yorkais tels que P.H.A.S.E. 2, Part 1 et Seen, qui,
avec d’autres, ont fait entrer le mouvement dans l’histoire contemporaine de l’art avec le rayonnement planétaire qu’on lui connaît. L’exposition rend également hommage à Jean-Michel
Basquiat et Keith Haring qui sont aussi, à leur manière, nés dans la rue et dont l’oeuvre a connu un destin différent. Enfin, avec Vitché, Nug, Evan Roth ou encore Barry McGee, elle présente
quelques-uns des acteurs les plus brillants de la scène contemporaine, reflétant ainsi la richesse et la complexité d’un mouvement qui, entre écriture et image, ne cesse de se
renouveler.
Dans la première partie de l’exposition, un ensemble de photographies, de films et de dessins illustre l’essor du
raffiti à New York, de sa naissance, au début des années 1970, à son entrée dans le marché de l’art et l’univers des médias au cours des années 1980. La Fondation Cartier invite trois des
principaux pionniers du mouvement – P.H.A.S.E. 2, part 1 et Seen – à créer de vastes oeuvres murales dans l’espace même de l’exposition. À travers une riche documentation, l’exposition révèle
comment les graffeurs se sont approprié l’espace public et combien ils ont modifié activement leur environnement urbain. L’exposition a bénéficié des conseils d’Alan Ket (Ket One), l’un des
graffeurs majeurs de la scène new-yorkaise, qui a organisé de nombreux projets d’édition et d’exposition consacrés au graffiti.
La deuxième partie de l’exposition témoigne de la vitalité actuelle du mouvement à travers des oeuvres créées
spécialement pour l’événement par une sélection d’artistes venus du monde entier : Basco Vazko (Santiago du Chili), Cripta (São Paulo), JonOne (Paris), Olivier Kosta-Théfaine (Paris), Barry McGee
(San Francisco), Nug (Stockholm), Evan Roth (Américain vivant à Honk-Kong), Boris Tellegen / Delta (Amsterdam), Vitché (São Paulo) et Gérard Zlotykamien (Paris).
La Fondation Cartier propose une riche programmation de
documentaires, de films d’artistes et de courts métrages qui s’intéressent à la dynamique du geste et de l’action dans le graffiti, mettent en avant le travail en milieu urbain et illustrent la
grande diversité des écritures et des techniques actuelles.
C’est à la fin des années 1960 et au début de la décennie suivante que d’audacieux jeunes gens de Manhattan, du Bronx
et de Brooklyn s’emparent de cette tradition d’expression libre sur les murs de la ville et modifient radicalement le graffiti urbain. Influencés par les panneaux publicitaires et la bande
dessinée, ils créent une nouvelle forme d’expression en dessinant dans un style élaboré leur nom ou leurs initiales sur les murs, les bus et les trains.
Pour désigner le graffiti, les pionniers du mouvement emploient le terme de writing (écriture) et se qualifient
eux-mêmes de writers. À New York, le mouvement a commencé avec le tag, à savoir la signature du writer constituée de son pseudonyme, souvent accompagné du numéro de sa rue : Taki 183, Stay High
149, Barbara 62. Pour se distinguer les uns des autres, les writers élaborent des styles calligraphiques originaux, auxquels s’ajoutent motifs, étoiles et autres ornements qui visent à mettre en
valeur les signatures.
«Action Writing »
Pour que leurs noms sortent du territoire limité d’un quartier et gagnent la ville entière, les writers choisissent le
métro comme support privilégié. Peu à peu, la taille des graffiti augmente jusqu’à ce qu’ils recouvrent entièrement les rames. Puisant dans la culture populaire, les graffeurs introduisent au fur
et à mesure des personnages de bande dessinée et des lettrages plus complexes afin de renforcer l’impact visuel de leurs créations. Tandis qu’ils élaborent dans leurs carnets de croquis les
oeuvres qu’ils vont réaliser sur les trains, les graffeurs ont tous à l’esprit la recherche de la singularité du trait, de la forme et du motif. Contraints par des conditions de réalisation
difficiles, ils développent une grande maîtrise technique et une véritable beauté du geste. Présentés dans l’exposition, les photographies de Jon Naar, Henry Chalfant et Martha Cooper, ainsi que
les films fondateurs Style Wars et Stations of the Elevated, sont aujourd’hui les rares témoignages de cette forme d’expression éphémère.
Dès la fin des années 1970, ces créations vives et enflammées captent l’attention des artistes plasticiens, des
galeries et des médias. Certaines galeries new-yorkaises commencent à exposer les travaux des graffeurs, les invitant ainsi à créer sur toile. Aujourd’hui célèbres, les artistes Jean-Michel
Basquiat et Keith Haring inscrivent également à cette époque leur travail dans la rue et sur les murs du métro, dans une même énergie du geste.
« Crossing-over »
Le nombre d’artistes travaillant dans la rue a considérablement augmenté à mesure que le mouvement a pris une ampleur
mondiale. Aujourd’hui, le graffiti côtoie d’autres formes d’art urbain comme l’affichage, le collage ou encore le pochoir, ouvrant des possibilités nouvelles à la création dans la ville. Bien que
pour la plupart, ces oeuvres ne soient pas considérées comme des graffiti au sens propre du terme, l’emploi du lettrage, de l’illustration ou de la peinture à la bombe indique clairement qu’un
grand nombre d’artistes qui interviennent dans la rue aujourd’hui ont développé leur travail en relation avec l’esthétique du graffiti.
Choisis pour la singularité de leur oeuvre et la force de leur vision artistique, les artistes invités à la Fondation Cartier reflètent la diversité de formes, de styles et d’influences du graffiti contemporain. Boris Tellegen, l’un des pionniers du
mouvement aux Pays-Bas, travaille aujourd’hui en trois dimensions tandis que Nug met en scène à travers des vidéos l’intensité du geste du writer. Approfondissant un style qu’il nomme freestyle,
JonOne développe sur toile une peinture abstraite inspirée du geste de la signature.
Evan Roth, bien que n’étant pas lui-même un writer, utilise les nouvelles technologies pour analyser et classer les
écritures, créant ainsi sa propre taxinomie du graffiti. S’inscrivant dans la longue tradition de la peinture murale en Amérique du Sud, Vitché puise son inspiration dans les cultures
aztèque et indienne ainsi que dans l’esthétique du cirque. Quant à Basco Vazko, il s’intéresse à des univers aussi divers que le tatouage, le mouvement punk ou encore le travail de Joan Miró.
La Fondation Cartier invite également le Brésilien Cripta,
l’un des représentants majeurs du Pixação, mouvement apparu à São Paulo qui renouvelle l’esthétique du graffiti en s’inscrivant de façon saisissante dans l’architecture de la ville. Un film
inédit, co-produit par la Fondation Cartier, rend compte de ce phénomène radical.
En collaboration avec l’association le M.U.R., deux artistes français sont invités chaque mois à créer, en direct
devantle public, des affiches de très grand format qui seront présentées à la Fondation Cartier puis sur le panneau d’affichage de l’association situé au croisement des rues Saint-Maur et
Oberkampf à Paris.
Offrant une lecture des origines du mouvement ainsi qu’un panorama de la pluralité des écritures contemporaines,
l’exposition Né dans la rue – Graffiti donne au visiteur l’occasion de découvrir une forme d’art omniprésente et en perpétuelle évolution, et de renouveler ainsi le regard que chacun
porte sur la ville.
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HAL 06/08/2009